Annot & Verdon : chronique de 4 jours bénis par la divinité des coinceurs

Il est 21h45 lorsque nous ratons l’entrée du camping d’Annot. La voiture derrière nous reproduit exactement la même manœuvre. Aucun doute : il s’agit aussi d’un convoi de Tradeuses au sens de l’orientation… un peu émoussé par la fatigue.

Charlotte termine les derniers mètres à pied, l’estomac un peu malmené par la route. Sophie orchestre le stationnement pendant que les tentes se montent en deux secondes — ou presque. Très vite, nous nous retrouvons autour de deux tupperwares de sacro-saint houmous.

Roxane, Mado et Coco manquent à l’appel, cette dernière ayant dû interrompre son échauffement au Pic Saint-Loup à cause d’une cheville récalcitrante.

La soirée se poursuit par un tour de table : vies de femmes, vies de grimpeuses, et tout ce qui a changé depuis l’Hortus. Val est encore (toujours) un peu malade. Quant au froid annoncé, il laisse place à une évidence : crème solaire obligatoire (utile pour le Ténia ? Vous comprendrez). Ce sera Annot Plage.


Samedi : fissures, friends et mise en jambes

Départ à 9h — autrement dit, grasse matinée. Détour stratégique par la boulangerie, où Jade se moque de la part de flan de Pauline, rationnée en quatre ascensions.

Chargées de cordes et de nos meilleurs potes, les friends, nous rejoignons la vire intermédiaire. L’approche suffit à nous faire tomber les couches. Sur place, Nadia rend hommage à Marion Seure, disparue ici en 2024. On repart, casques vissés.

Au pied de Fanny, les cordées se forment, les manips en corde à double sont révisées, puis chacune s’engage dans les voies.

Premiers placements, premiers zips… et leurs corollaires : les premières chutes. Certaines ouvrent, d’autres moulinent, testent, se pendent volontairement sur leurs coinceurs pour vérifier leur solidité.

L’après-midi déroule — Dallas, Dedicata alla Val di Mello, Domino, Krusty et le demi-boudin. Les ascensions se font en tête, les mouvements se délient. Ça lutte parfois, ça passe souvent, et les encouragements sont constants.

Retour au camping vers 19h, pad thaï au menu. Débrief autour d’une tablette de chocolat — notre rituel. Nadia ouvre Crack Climbing : pas d'histoire pour dormir mais une avalanche de schémas de coincements de main, doigt, pied, genou, biceps, tête, oreille ? Le champ des possibles semble infini.


Dimanche : offwidth, école de vol & verrous

Pas le temps de traîner dans le sac de couchage : démontage express du campement, direction le Verdon le soir… mais avant ça, encore une journée bien ensoleillée à Annot.

Nadia nous présente le Ténia dans la Chambre du Roi. Quinze mètres d’offwidth, à progression lente, technique et peu élégante. Une seule atteint le relais, au prix de sacrifices cutanés.

Puis les ateliers s’enchaînent. Dans Les Gapençais, Nadia anime une école de vol sur n°4 : on ferme les yeux, on ouvre les ailes. Ensuite, Handtraining offre une fissure parfaite pour travailler les verrous. Dans ce splitter, ça jam !

L’après-midi est libre. Certaines repartent dans les voies, d’autres bossent les relais. Les Tradeuses sont loin d’être seules à Annot — des cordées de toute la France (et d’Italie) ont eu la même idée. On papote au pied des voies en attendant son tour et on pique sans scrupule les bonnes idées de coincement.

À 19h, casse-croûte sur un parking, puis direction La Palud-sur-Verdon. Sur la route, tentative d’écriture de nos présentations pour la plaquette — exercice compliqué en voiture. Au camping, la douche est froide mais le chili sin carne est chaud !


Lundi : premières longueurs verdonesques

Deux ambiances.

D’un côté, Valentine, Charlotte et Jade partent dans la Chlorochose, à l’Escalès : une immersion en douceur (relative) dans le calcaire verdonesque, entre coinceurs et équipement en place.

De l’autre, rendez-vous au Belvédère de la Carelle pour Saut d’Hommes. Sur place, nous laissons deux grimpeurs nous dépasser, car nous ne serons pas des flèches (enfin si).

Nadia reste en seconde fixe de la première cordée pour accompagner la grimpeuse en tête de la seconde cordée : dispositif pédagogique validé. 

En L2, une étoile filante violette traverse le vide : c’est le n°5 du binôme masculin qui s’essaye au base-jump. La voie enchaîne relais confortables type Perrier tranche en terrasse, des dièdres exigeants (mollets inclus) et des coincements variés. Le Verdon, dans toute sa subtilité.

Notre carotte est au sommet, au sens propre. Notre légume totem nous attend sagement dans les lapiaz, gardien de nos chaussures d’approche.

Retour au camping : organisation, tri, cuisine, topo. Trois jours dans les bras, les réserves diminuent, le programme s’ajuste. Pâtes au bleu ce soir, un réconfort amplement mérité, puis extinction rapide.




Mardi : engagement et final

Dernier jour : direction le Belvédère du Trascaïre haut.

Photo de groupe obligatoire, on prend la pose avec nos belles mécaniques.

Charlotte, Jade, Sophie, Agata partent dans les deux dernières longueurs de Tuyau d’Orgue, à la Paroi rouge, accompagnées de Nadia qui évoluera sur une corde statique. 

Alice, Val et Pauline iront venger le but météo de la précédente promotion des Tradeuses dans Luna Bong. Val se propose même de libérer la dernière longueur mais aussi la plus difficile. 

Sophie et Val suivent Pauline dans 2 rappels successifs pour arriver directement au relais de la deuxième longueur (et oui, il faut rentrer à Montpellier ou à Briançon ensuite).

Il fait très chaud, la voie est victime de son succès et certaines prises souffrent de la patine. 

Le calcaire, quel calvaire ! Définitivement plus difficile à protéger que le gneiss du Caroux ou le grès d’Annot !

Au sommet, nous improvisons un véritable buffet campagnard, de la cancoillotte plein les doigts.



Épilogue

Retour au camping. Rangement, recomposition des racks, dernier débrief.

Quatre jours d’escalade dans les bras. Des techniques en plus, des doutes en moins.

Fatiguées, mais solides. Et surtout : une équipe qui grimpe, apprend, et avance ensemble.

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